Le Petit Braquet, Coup de Chapeau à
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- Chronique n° 57
 
 

Coup de chapeau à

 

 

Coup de chapeau à ...

 

CEUX QUI NE REVINRENT PAS ! 

(1ère partie)

 

jean-giono

Le grand troupeau

« Il y avait toujours une trêve du petit matin, à l’heure où la terre sue sa fumée naturelle. La rosée brillait sur la capote des morts. Le vent de l’aube, léger et vert s’en allait droit devant lui. Des bêtes d’eau pataugeaient au fond des trous d’obus. Des rats aux yeux rouges, marchaient doucement le long de la tranchée. On avait enlevé de là-dessus toute la vie, sauf celle des rats et des vers. Il n’y avait plus d’arbres et plus d’herbe, plus de grands sillons, et les coteaux n’étaient que des os de craies, tout décharnés. Ca fumait doucement quand même du brouillard du petit matin.
On entendait passer le silence avec son petit crépitement électrique. Les morts avaient la figure dans la boue, ou bien ils émergeaient des trous, paisibles, les mains posées sur le rebord, la tête couchée sur le bras. Les rats venaient les renifler. Ils sautaient d’un mort à l’autre. Ils choisissaient d’abord les plus jeunes sans barbe sur les joues. Ils reniflaient la joue puis se mettaient en boule et ils commençaient à manger cette chair d’entre le nez et la bouche, puis le bord des lèvres, puis la pomme verte de la joue. De temps en temps ils se passaient la patte dans les moustaches pour se faire propres. Pour les yeux, ils les sortaient à petits coups de griffes, et ils léchaient le trou des paupières, puis ils mordaient dans l’œil, comme dans un petit œuf, et ils les mâchaient doucement, la bouche de coté en humant le jus. »


Jean Giono « le grand troupeau »

Le texte effrayant et dramatique de Jean Giono n’est hélas que le sinistre reflet de la grande boucherie qui ravagea l’Europe de 1914 à 1918. Le bilan comptable suffit à nous convaincre de l’inhumanité absolue de ce conflit : 13 millions de morts dont 1,4 million en France, 1,8 en Allemagne et 5 en Russie. Il suffit de lire les noms inscrits sur les monuments aux morts qui jalonnent les places de nos villages pour comprendre quel désastre ce fut pour l’ensemble de la  population. Il n’est pas rare de trouver trois voir quatre fois le même nom de famille gravé sur la pierre et l’on imagine alors, non sans être glacé d’effroi, le désespoir des mères, des femmes et des enfants de ceux qui ne revinrent pas. Les coureurs cyclistes participèrent comme les autres à l’effort de guerre et bon nombre d’entre eux le payèrent de leur vie.

Au début de la Première Guerre Mondiale, comme la grande majorité de la population les cyclistes furent emportés par une vague de nationalisme. Les français sont partis persuadés qu’ils pourraient facilement venger la défaite de 1870 et reprendre l’Alsace et la Lorraine alors que les Allemands voulaient simplement se battre pour le Kaiser. Si en Allemagne, au moins durant la première partie de la guerre, les sportifs de haut niveau furent protégés, ce ne fût pas le cas chez les alliés, c’est pourquoi aux cotés des anonymes on trouve bon nombre de grands champions. La disparition au combat de François Faber, Octave Lapize et Lucien Petit-Breton, tous trois vainqueurs du Tour de France, montre l’âpreté de ce conflit mais aussi la volonté de ces hommes qui ont, jusqu’au bout, accompli leurs devoirs.

Faber - Lapize - Petit Breton

Derrière la figure emblématique de ces trois hommes, ils sont nombreux les cyclistes, français, belges, allemands, anglais, luxembourgeois, italien à avoir perdu la vie durant la guerre. Peut importe les raisons qui ont poussé certains à s’engager dans la guerre, ainsi que leur nationalité, ils étaient tous, sans exception, passionnés par la petite reine et par le cyclisme. Ces hommes sont pour la plupart aujourd’hui oubliés et c’est à eux que s’adresse ce modeste hommage.

A ceux qui ne revinrent pas…

ceux qui ne revinrent pasCe n’est pas moins de soixante-cyclistes dont nous allons tenter d’évoquer la mémoire lors de ce coup de chapeau, pourtant cette liste est loin d’être exhaustive. Nous n’évoquerons pas ici Roland Garros, qui fût champion de France universitaire, ni Georges Parent, plusieurs fois décoré pour ses actions héroïques et qui succomba quelques jours avant l’armistice de la grippe espagnole. Les coureurs morts durant la 1ère guerre mondiale sont très nombreux mais, pour beaucoup d’entre eux, les modestes, les sans grades, il ne reste de leur vie et de leur carrière qu’un nom et un prénom. Parfois, malgré un long travail, nos recherches se sont révélées vaines et, avec regret, nous avons du écarter ceux pour qui aucune information relative à leur carrière, n’était en notre possession. Nous espérons que d’autres approfondiront ce modeste travail pour que ces hommes ne restent pas, à jamais, des silhouettes anonymes.

 

 

 

 

 

 

Qu’ils fussent Français, Allemands, Britanniques, Belges, Italiens, Autrichiens, Luxembourgeois ou Suisses, on peut classer les cyclistes qui ont payé de leur vie, leur engagement dans la guerre de 14 en deux catégories ; les anciens qui avaient déjà mis un terme à leur carrière quand la guerre s’est déclarée et ceux, généralement plus jeunes, qui étaient encore en activité quand le conflit a éclaté. Nous aurions pu tenter une autre répartition en séparant les pilotes d’avion de ceux qui furent versés dans l’infanterie, tant le nombre de cyclistes morts aux commandes d’un avion est important. La passion de la vitesse, le goût pour les innovations techniques ont, nous l’avons vu lors de précédents coups de chapeau, porté de nombreux cyclistes vers l’aviation qui n’en étaient encore qu’à sa préhistoire et probablement faut il voir là, les raisons qui ont conduit beaucoup de cyclistes à devenir pilote.

 

 

 

 

 

 

1ère partie

 

 

ceux qui ne revinrent pas
Les entraîneurs de la fameuse équipe « la Française » lors du bol d’or 1908

 

 

Emile Besnier
Emile Besnier. Né à Versailles Emile Besnier, fut coureur cycliste professionnel individuel en 1910 année où il participa au Tour de France. Il est mort au combat le 31 juillet 1915 à Aubigny en Artois.
Georges Boillot

 

 

Georges Boillot. Né à Valentigney le 3 août 1884 d’abord coureur cycliste au VC Levallois Geroges Boillot est d’avantage connu pour sa brillante carrière de coureur automobile. Il remporta néanmoins une soixantaine d’épreuves chez les amateurs avant de s’intéresser définitivement au sport automobile. Mécanicien de formation, il devint pilote automobile professionnel en 1908 au sein de l'écurie Lion-Peugeot. Vainqueur du Grand Prix de l'ACF 1912 à Dieppe au volant d’une voiture dont il a participé à la conception, il s’affirme dès l'année suivante, comme l'un des meilleurs pilotes français du moment en s'imposant une deuxième fois consécutive au GP de l'ACF.

Georges Boillot

Considéré comme un as de l’aviation française, décoré de la croix de guerre et de la légion d’honneur, il sera abattu avec son appareil, près de Vadelaincourt le 19 mai 1916.

Cesare Brambilla
Cesare Brambilla Né le 22 septembre 1882 à Milan, Cesare Brambilla était un coureur talentueux sur piste comme sur route. Chez les amateurs, il a remporté le championnat d’Italie du sprint en 1902 avant de passer professionnel en 1905. Cette même année, il prit la 2ème place du Circuit de Milan. C’est en 1909 que Cesare Brambilla connût son jour de gloire en s’imposant dans le Tour de Lombardie au nez et à la barbe de Carlo Galetti et Luigi Ganna. Il est décédé durant la dernière année de la guerre mais la date précise de sa disparition demeure inconnue.
Georges Bronchard
Georges Bronchard. Né le 21 janvier 1887, Georges Bronchard fut professionnel durant 4 ans. En 1909, Georges Bronchard, qui jusque là, avait couru avec ses propres sponsors, intégra pour la première fois une véritable équipe, la formation « le Globe » où il côtoya des coureurs de renom comme Lucien Pothier et Constant Ménager. Lanterne rouge du Tour 1906, il fît mieux les années qui suivirent en terminant 21ème en 1907 et 29ème en 1908. Blessé au combat, il est décédé dans l’ambulance qui le ramenait vers l’arrière, le 27 avril 1918 à Villers sous Coudun.
Philippe Cordier

Philippe Cordier, Né le 17 juin 1888, le Narbonnais fut professionnel indépendant. Il participa au Tour 1909 et abandonna lors de la 3ème étape. Il est mort pour la France le 22 août 1914 à Lunéville, des suites de blessures de guerre.

camille_fily

Camille Fily, Camille Fily est aujourd’hui encore, et probablement pour très longtemps, le benjamin de tous les participants au Tour de France. Né le 13 mai 1887, il a terminé 14ème du Tour 1905 à seulement 18 ans. Il fût tué au Mont Kemmel en Belgique en 1918

Léon Flameng

Léon Flameng Né le 30 avril 1877 à Paris Léon Flameng représenta la France lors des 1er Jeux Olympiques de l’ère moderne en 1896 à Athènes. Il fut champion olympique sur le 100 km en 3h08'19" avec 14 tours de piste d'avance sur le deuxième. La performance est d'autant plus remarquable que Flameng chuta lourdement pendant la course. Suite à ce succès indiscutable, Flameng fût porté en triomphe par les spectateurs, et quand le drapeau français fût hissé au mat en l'honneur de sa victoire, la foule se découvre en marque de respect. Jamais jusque là, la levée du drapeau en l'honneur d'un vainqueur n'avait été salué ainsi par les spectateurs. On comptait pas moins de 20 000 personnes au vélodrome dont la famille royale grecque.
Après ce succès, Flameng prend part à trois autres épreuves et remporte deux nouvelles médailles, une d'argent et une de bronze.

palmaresJeux olympiques d’Athènes 1896
Médaille d'or sur 100 km
Médaille d'argent sur 10 km
Médaille de bronze du sprint (2 km)

 

Léon Flameng est décédé au combat le 2 janvier 1917 à Eve.

Léon Flameng

Tom Gascoyne

Tom Gascoyne, Né le 17 août 1876, le britannique Tomas Gascoyne était un sprinteur de talent qui remporta de nombreuses courses dans son pays et qui professionnel de 1897 à 1900 se classa second du grand prix de l’UVF en 1900. Il n’était plus en activité depuis de nombreuses années quand la guerre éclata et il fût tué le 4 octobre 1917, lors de la bataille de Passchendaele (que l’on nomme parfois la troisième bataille d'Ypres) qui eut lieu entre le 31 juillet et le 6 novembre 1917 en Flandre occidentale. La British Army, l'armée canadienne et des renforts de l'armée française y combattirent l'armée allemande.

Herbert Gayler
Herbert Gayler Originaire de la bourgade de Chislehurst au Royaume-Uni, où il es né le 3 décembre 1881, Herbert Gayler eu l’honneur de représenter son pays aux Jeux Olympiques de 1912 pour l’épreuve du contre la montre. Il termina la course à une modeste 30ème place. En 1913, il passa professionnel. Il est décédé le 23 juin 1917 dans le sud du Waziristan au Pakistan
Paul Gombault

Paul Gombault Né le 29 avril 1886, Paul Gombault devint professionnel en 1909. Il aurait été recordman du kilomètre. Abattu lors d’un combat aérien, il est décédé le 31/07/1916 à l'hôpital Auxiliaire du Crotoy.

Marcel Kerff

Marcel Kerff, Marcel Kerff est à ma connaissance le plus vieux coureur cycliste à avoir trouvé la mort durant la guerre de 14. Né le 2 juin 1866 à Fouron-Saint-Martin en Belgique, il fut coureur cycliste professionnel de 1896 à 1904. Il a participé au Tour de France 1903 et s'y est classé 6ème malgré ses 37 ans. Il a également terminé 10ème de Paris-Roubaix en 1897 et 6ème en 1899. Il a remporté les 48 heures d'Anvers en 1900. L’histoire de Marcel Kerff est tragique. Peu après l'invasion de la Belgique, au début de la Guerre, il se rendît à moto à proximité d'un camp allemand à Mouland, afin de voir ce qu’il s'y passait. Arrêté par les soldats allemands, il paya très cher sa curiosité. Il sera condamné à mort pour espionnage et exécuté par pendaison le 7 août 1914 à Moelingen,. Un monument a été érigé près du lieu de son exécution, en mémoire des cyclistes belges morts durant le conflit

.Marcel Kerff Marcel Kerff sur le Tour 1903
Georges Lutz

Georges Lutz Né dans le 18ème arrondissement de Paris, le 3 novembre 1884, Georges Lutz s’illustra chez les amateurs en décrochant en 1911, le titre de champion de France des 100 kilomètres sur route. Il est décédé à Bar-le-Duc, le 31 janvier 1915, des suites d’une maladie contractée au front.

Georges Lutz www.siteducyclisme.ne

Emile Maitrot

Emile Maitrot. Né le 2 juillet 1882 à Merville, Emile Arsène Maitrot fut sacré champion du monde de vitesse amateur en 1901 à Berlin. Il est décédé le 14 septembre 1916 à Lihons.

Gabriel Mathonat

Gabriel Mathonat. Gabriel Eugène Mathonat, né le 1er avril 1883 a commencé sa carrière professionnelle en 1907 dans l’équipe Clément. On le retrouve également en 1910 au sein de la formation Labor-Dunlop avec laquelle il participa au Tour de France qu’il termina en 31ème position. Il fut tué le 22 août 1914 à Ville-Houdlemont.

Marceau Narcy

Marceau Narcy

Marceau Narcy. Né le 31 mars 1889 à Briare, Marceau Narcy était issue d’une famille de coureurs et ses trois frères Ferdinand, Camille et André firent eux aussi des compétitions à un haut niveau. Marceau est décédé au Lazaret de Romagne sous Faucon le 11 septembre 1914, après avoir été fait prisonnier par les allemands. Professionnel de 1906 à 1910, il a notamment terminé 22ème du Tour de France en 1907 et en 1908. Il couru deux ans (1908-1909) pour la grande équipe Alcyon, et en 1909, par exemple, Marceau Narcy fut l’équipier de François Faber, Gustave Garrigou, Eugène Christophe, Louis Trousselier et Cyrille Van Hauwaert.

Albert Niepceron

Albert Niepceron. Albert Edemire Niepceron vît le jour le 15 aôut 1883 à Semblançay. Il est mort le 23 octobre 1918 à Coulommiers. Professionnel en 1903-1904, il serait, selon le site mémoire du cyclisme, mort comme l’ensemble de sa compagnie dans une attaque vaine et suicidaire comme aimaient à en lancer les généraux français de l’époque, bien au chaud dans les bureaux de l’Etat Major.

Ludwig Opel

Ludwig Opel. Avant de devenir les fondateurs de la célèbre marque automobile, les cinq frères Opel : Fritz, Heinrich, Wilhem, Carl et Ludwig furent tous de très bons coureurs cyclistes. Ludwig, le dernier né de la fratrie (1er janvier 1880) pratiqua le cyclisme en compétition de 1896 à 1899 en tant qu’amateur puis il devint professionnel jusqu’en 1906. Très bon pistard, Ludwig Opel fût vice champion du monde amateur du sprint en 1898. Oberleutnant du régiment 24, il est mort sur le front de l’est le 16 avril 1916.

les frères Opel

Jean Marie Perreard
Jean Marie Perreard. Professionnel de 1906 à 1908, on le retrouve dans l’équipe Alcyon-Dunlop en 1908, aux côtés des vedettes de l’époque : Hippolyte Aucouturier, Eugène Christophe, Luigi Ganna, Carlo Galetti, Louis Trousselier et Cyrille Van Hauwaert.
Charles Delphin Privas

Charles Delphin Privas Le coureur né dans la commune de Jarcieu, le 21 décembre 1887, fut professionnel individuel en 1913. Il est décédé le 22 octobre 1914 à Saint Laurent Blangy.

Pierre Marie Gonzague Privat

Pierre Marie Gonzague Privat fut coureur professionnel de 1906 à 1910. Passé professionnel à l’âge de 26 ans (il était né le 26 août 1880), il commença sa carrière dans la grande équipe Peugeot aux cotés de coureurs comme Lucien Petit Breton, Giovanni Gerbi, René Pottier, Emile Friol, ou Georges Passerieu. 11ème du Tour de France 1907, Pierre Marie Gonzague Privat a également terminé 11ème de Dijon Lyon (épreuve du GP Prix Wolber) 1909. A la fin de sa carrière cycliste, Pierre Marie Gonzague Privat exerça ses talents dans le domaine de la caricature. Il est décédé le 19 octobre 1915 des suites de ses blessures à l’hôpital d’Aubigny en Artois. Jean Paul Rey évoque lui, la ville d’Ay, comme lieu de décès de Pierre Marie Gonzague Privat.

Pierre Marie Gonzague Privat http://www.siteducyclisme.net

Pierre Marie Gonzague Privat

Frédéric Rigaux

Frédéric Rigaux - Le parisien Jean Frédéric Rigaux, né le 16 juillet 1876 dans le 3ème arrondissement passa tardivement professionnel en 1907. Indépendant durant les deux premières années, il termina sa carrière en 1909 au sein de l’équipe Peugeot Wolber aux cotés de Dario Beni, le champion d’Italie en titre. Il est tombé aux champs d’honneur, le 4 mars 1915 à Vauquois.

Paul Rugère

Né le 17 octobre 1880, Paul Rugère, après une carrière de pistard spécialisé dans le sprint, devint comme beaucoup d’autres coureurs passionnés de vitesse, pilote d’avion. Il exerça ses talents en pilotant des avions et des hydravions pour les frères Voisin, constructeurs célèbres de l’époque et c’est en tant que pilote qu’il fût mobilisé. Il est décédé au combat, le 19 décembre 1914.

Paul Rugère Paul Rugère

Le Pilote Paul Rugère à Monaco, en 1912 en plein vol sur le Canard Voisin n° 4 à moteur Anzani 60 ch, un grand canard allégté d'un flotteur central à l'arrière et du stabilisateur vertical à l'avant
(musée de l'Air)

Paul Schulze
Paul Schulze - La carrière de Paul Schulze s’est déroulée essentiellement sur la piste. Il a représenté son pays, lors des Jeux Olympiques de 1908. Coureur de 6 jours, il termina 5ème des 6 jours de Kiel en 1910. Paul Schulze est mort au combat en 1918.
Marius Thé

Marius Thé

 

Marius Thé. Né à Marseille le 24 septembre 1871, Marius Thé fût, en son temps, un bon coureur sur les courses de longue distance. Il remporta Paris Saint Malo en 1894, Strasbourg Bâle en 1895 ainsi que Marseille Nice en 1897 et il prît la troisième place de Bordeaux Paris en 1896. Reconverti dans les courses de moto, il enleva notamment en mai 1904 le  Grand Prix de la République, organisé en manches et finale sur trois jours au Parc des Princes devant un autre ancien cycliste : Alessandro Anzani (Alcyon). Il est décédé au front, le 10 septembre 1915, à Saint Pol sur Ternoise.

Marius Julien Villette

Marius Julien Villette. Né le 16 octobre 1886 à Salon de Provence, Marius Villette fut professionnel durant 5 années de 1907 à 1911. Il termina 14ème du Tour de France 1907 et 25ème  en 1911. Il continua sa carrière sportive jusqu’en 1913, comme en témoigne sa 3ème place dans Nice Annot Nice en 1912 et sa seconde place dans la classique Marseille Lyon de 1913. Il trouva la mort le 10 octobre 1916 à Bouchavesne dans la Somme.

Antony Wattelier

Anthony WattelierAntony Wattelier. Surnommé la tourterelle, Antony Eugène Wattelier, né le 15 mai 1880, fût professionnel de 1901 à 1913. Bon coureur, tout comme Edouard, son frère ainé, il fit partie de l’équipe Peugeot Wolber en 1905, Alcyon Dunlop en 1906, Montabo en 1907, Nils Supra en 1908 et Le Nain en 1910- 1911. Il participa à huit tours de France en termina 5. Ses meilleurs résultats dans la grande boucle furent 15ème en 1905 et 10ème en 1906. Il est décédé sur la Somme à Fricoul, le 31 décembre 1914.

Ci-contre : Edouard Wattelier, frère ainé d’Antony

D’un côté comme de l’autre, personne n’avait imaginé que la guerre allait s’installer et durer aussi longtemps. Les premiers jours de la guerre s’étaient déroulés dans une sorte de frénésie et d’allégresse qui au bout de quelques mois et des pertes importantes s’était changée en une atmosphère morne faite d’attente et d’angoisse sourde. Chaque jour apportait son lot de morts et de blessés. Les hommes dont nous parlons ici avaient entre 27 et 40 ans et pour la plupart ils avaient déjà fondé une famille.  Leur départ pour le front laissait derrière eux, une femme et des enfants qui vivaient dans un mélange d’espoir diffus et d’inquiétude insupportable.

ceux qui ne revinrent pasIl est loin désormais le temps où les enfants pouvaient comme sur cette magnifique photo, s’amuser à faire quelques tours de piste sur le vélodrome Buffalo. L’heure n’est plus à l’amusement, le cœur n’y est plus. Les enfants souffrent et ils espèrent chaque jour la fin de la guerre et le retour de leur père.

 

« Mon petit papa,

J’ai pas été contente de te voir partir. J’ai pleuré longtemps. Je pense toujours bien à toi et je pense que toi aussi. Ta petite Cici qui t’aime bien et qui t’embrasse bien fort des deux côtés. »

Félicie 9 décembre 1915, (archives de l’auteur)

Le temps passe. La mobilisation s’étend et finit par vider la France de tous ses hommes valides âgés de 18 à 40 ans. Petit à petit, la vie se réorganise péniblement sans eux car tout un chacun a maintenant réalisé que le conflit s’étant enlisé, le retour des hommes ne se ferait pas avant longtemps. Il ne suffit pas de comprendre pour atténuer sa peine et l’attente est chaque jour plus difficle à supporter.

« Mon petit papa,

Je te souhaite une bonne et heureuse année ainsi que maman. Que la guerre finisse pour que tu reviennes auprès de moi. Mon petit papa je t’embrasse bien fort des deux côtés. »

Félicie, janvier 1916, (archives de l’auteur)

Attendre, espérer, tel était le lot quotidien des familles, mais sur le front, la situation était semblable. Les hommes souffraient physiquement et moralement. On ne côtoie pas l’horreur, les blessures et la mort de ses camarades d’infortune, sans être envahi à un moment où à un autre, par un sentiment profond de détresse voir même de dépression. Ce que ces hommes voyaient dans les tranchées ne pouvaient s’écrire. Bien sur, la censure ne laissait pas passer les courriers trop explicites mais pour beaucoup la réalité était trop insoutenable pour être couchée sur une feuille de papier. Alors on écrivait à sa famille, des banalités, sans rien dire de l’horreur du quotidien. On demandait aux enfants d’être sages, on évoquait les travaux des champs, on essayait de faire croire aux siens que tout allait pour le mieux et on espérait la prochaine permission.

Lucien Petit-Breton, interrogé en mars 1917, par le journal « La vie au grand air » sur l’influence de la guerre sur la forme des athlètes, concluait son propos par cette phrase prémonitoire :

« Hélas ! A la reprise des compétitions, combien d’entre nous auront disparu qui étaient la gloire de notre sport ? »

« Les saisons se succédaient, l’hiver revenait, puis l’été, et l’on se trouvait encore au combat. On s’était lassé, et accoutumé au visage de la guerre ; mais c’est précisément cette accoutumance qui faisait apparaître tous les évènements dans une lumière atténuée et insolite. On n’était plus tellement aveuglé par la violence des phénomènes. On sentait aussi que l’esprit dans lequel on était monté au front s’était usé et ne suffisait plus. »

Ernst Junger « Orages d’acier »

En savoir plus

Sauf mention particulière les photos présentées ici ont été réalisées par le petit braquet.

www.siteducyclisme.net

www.memoire-du-cyclisme.net

www.stuyfssportverhalen.wordpress.com/

www.gallica.fr

Bibliographie

"Géants de la route"Jean Durry « La véridique histoire des géants de la route », Edition Edita

equipe "Tour de France, 100 ans"L’équipe « Tour de France, 100 ans », Denoël éditeur

L'étape assassineJean Paul Rey « L’étape assassine, Luchon Bayonne 1910 », Cairn Editions paroles de poilusJean-Pierre Guéno, Yves Laplume , « Paroles de Poilus - Lettres et carnets du front 1914-1918 », Collectif, Poche
A l'ouest rien de nouveauErich Maria Remarque « A l’ouest rien de nouveau », le livre de poche orage d'acierErnst Junger « Orages d’acier », le livre de poche
Le Grand TroupeauJean Giono « Le grand troupeau », le livre de poche  

Pour lire la suite ...

Ceux qui ne revinrent pas - chapitre II

Ceux qui ne revinrent pas - chapitre III

 

 
 
     

 Copyright©Le Petit Braquet || Version V.01 || Nov2005   Auteur de l'article : Alain Rivolla