Le Petit Braquet, Coup de Chapeau à
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Chronique n° 46
 
 

 

Marc Vinco et Marc Vinso

 

Coup de chapeau à

 

Marc VINCO et Marc CAISSO

 

 

Coup de chapeau à Marc Vinco

Parmi les très nombreuses disciplines qui composent le cyclisme, certaines, aujourd'hui encore, demeurent totalement marginales, méconnues du grand public. Il leur manque souvent deux choses pour atteindre la lumière : la reconnaissance du Comité International Olympique qui a le pouvoir d'en faire ou non une discipline olympique et également l’apparition sur le devant de la scène d’un champion emblématique qui, à lui seul, réussit à mobiliser les médias. Les Dieux de l’Olympe et associer à un messie charismatique suffisent pour porter la bonne parole au-delà du simple cercle des initiés. La façon dont la victoire d'Anne Caroline Chausson aux J.O. de Pékin a dynamisé le BMX dans notre pays constitue un exemple frappant. Le vélo trial n’a pour l’heure pas connu cette chance pourtant la France durant les années 90 a dominé l’élite mondial grâce à deux grands champions. Ils se prénomment tous les deux Marc, leur nom se termine par le même son et la même voyelle alors il était difficile de les séparer et de rendre hommage à un seul. En évoquant lors de ce coup de chapeau la brillante carrière de Marc Caisso et Marc Vinco, nous espérons vous faire découvrir le trial, discipline impressionnante qui gagne à être connue. Pour certains il ne s’agit que de spectacle, de cirque ce qui prend en ce cas un côté totalement péjoratif, pourtant il s’agit peut être de la discipline vélo la plus spectaculaire. Le trial exige un travail de souplesse, d’agilité et d’équilibre ainsi que beaucoup d’investissements et de qualités physiques.

Qu'est ce que le trial ? Pour faire simple, on pourrait dire qu’il s’agit d’un sport identique au trial moto, sans le moteur. Plus sérieusement cette discipline, qui au départ était très liée au VTT, a maintenant une trentaine d'année, Les premiers Championnats du Monde UCI de trial se sont déroulés en 1992. Le trial est construit sur des règles simples et précises qu’il nous semble intéressant de présenter brièvement.
Les compétiteurs doivent franchir des obstacles, regroupés en « sections », sans jamais mettre pied à terre (sous peine de pénalités). Les obstacles que l'on retrouve couramment sont des rochers et des buissons, mais peuvent être de toute nature lorsque l'épreuve se déroule en agglomération  ou indoor : caisses, automobiles, pneus, tuyaux de canalisation, palettes, tables, etc. Après avoir négocié une série de « sections », le coureur qui a reçu le moins de points de pénalité est déclaré vainqueur.

Il existe deux catégories de compétition en trial, selon la taille des roues de la bicyclette : 20 ou 26 pouces.  Pour le premier on parle de vélo trial et pour le second de VTT trial.

Selon les épreuves, on trouve de 4 à 6 zones, à parcourir 3 à 5 fois, dans lesquelles les concurrents, chacun à leur tour, essayent de franchir les obstacles. Il existe plusieurs niveaux de difficultés allant du débutant jusqu'au pilote élite. Les tracés sont différents suivant la catégorie des coureurs. Dans ces zones, des commissaires comptabilisent le nombre de pieds posés par le concurrent et attribuent un total de points. Chaque concurrent porte un petit carton sur lequel le commissaire poinçonnera le nombre de points attribués au pilote. À la fin de chaque tour, le pilote donnera sa carte au bureau des inscriptions qui totalisera le nombre de points et ce bureau fera le total des points obtenus sur le total des tours. Le pilote vainqueur sera le pilote ayant le moins de points.

Pénalités :

  1. 1 pied = 1 point
  2. 2 pieds = 2 points
  3. 3 pieds = 3 points
  4. 4 pieds = 4 points
  5. 5 pieds, chute, les 2 pieds en même temps = 5 points

Le temps imparti pour franchir une zone est en général de 2 minutes 30. Au-delà des 2 minutes 30 le coureur est pénalisé d'un point toutes les 15 secondes.
Les vélos diffèrent sensiblement suivant la catégorie, le cadre du 20 pouces s'apparente à celui d'un BMX, en plus long tandis que le cadre du 26 pouces, ressemble à celui d'un VTT. Les machines de trial sont très techniques. Elles ne sont pas faîtes pour rouler et présentent des caractéristiques très différentes d’une machine classique avec une géométrie spécifique (un empattement allongé), un boîtier de pédalier et un poste de pilotage rehaussé, un guidon élargi, des bases arrières raccourcies, pas de changement de vitesses (un petit plateau et un grand pignon) et une selle tellement symbolique qu’elle est parfois absente. De part leur conception ces vélos présentent une très grande maniabilité et une capacité de franchissement hors du commun.

A propos des vélos trial Marc Caisso déclarait en 2008 : On a des chambres à air gonflées à basse pression. C’est une question que l’on nous pose souvent, savoir si on a crevé alors que nous sommes gonflés à basse pression pour avoir une adhérence et du rebond puisque l’on n’a pas de suspensions. On a des freins très puissants et ce sont des vélos très légers. Le mien fait 9 kg mais il est capable d’encaisser des sauts importants.

Comme nous l’avons écrit en préambule les deux Marc sont à notre avis indissociables tant leur réussite se ressemble alors nous allons tenter de faire d’eux un portrait qui leur ressemble.

Marc Vinco, français d'origine italienne est né le 10 novembre 1979 à Albertville en Haute Savoie. Marc Vinco a commencé le trial à l’âge de huit ans et dès les cadets il atteint le sommet de la hiérarchie mondiale. Les succès vont ensuite s’enchaîner pendant de nombreuses années et c’est au total 8 titres de champion du monde dont un chez les seniors, 1 titre de champion d’Europe et 13 titres de champion de France qui tomberont dans l’escarcelle du savoyard. A cela s’ajoute 2 victoires à l’Indoor Paris-Bercy, trois records du monde et deux podiums mondiaux chez les seniors...

En 2004, Marc Vinco a expliqué pour www.velo101.com comment il était venu au trial : "A 6 ans, j'ai eu un accident à la main droite, 7 heures de micro-chirurgie à Grenoble en urgence, je me suis coincé la main entre une bouteille de verre et la machine embouteilleuse. Trois tendons étaient sectionnés, et on voulait me couper la main à Albertville. A Grenoble, le professeur Moutet qui est aujourd'hui le patron du CHU, a sauvé ma main. Il a dit à mes parents qu'il me faudrait de la motivation, et j'ai fait du VTT Trial pour récupérer ma main. Elle est aujourd'hui revenue à 80%. C'est cet accident qui m'a amené au VTT trial. »

A ceux qui pensent que sauter des obstacles et faire de multiples figures est une chose facile, Marc Vinco a fort bien répondu lors d’une interview donnée en 2008 alors qu’il donnait chaque jour un show dans le village du Tour de France :
Les gens ont l’impression que c’est naturel, trouvant cela facile de sauter sur la roue arrière, sauter sur la roue avant, sauter par dessus une barrière, par dessus des gens... Mais c’est 20 années de pratique ! Donc les jeunes qui s’y mettront, je leur conseille de persévérer, de ne pas croire que cela vient en 6 mois. Ça viendra en 2, 3 ans, 4 ans. Par contre ce qui est acquis est acquis. La technique, c’est quelque chose qui ne s’oublie pas. Comme tous les sports, il faut avoir la fibre musculaire, la tonicité. Maintenant, l’habit ne fait pas le moine et le corps physique ne fait pas le champion. J’ai toujours été impressionné par certain champions qui n’ont pas l’air de l’être et qui le sont parce qu’ils sont talentueux, parce qu’ils ont le don. Et j’aime ça. Maintenant, on ne peut pas tricher ... à passer des heures et des heures sur un vélo, c’est comme les champions de natation ou de cyclisme, on a nos muscles qui s’affûtent, qui se préparent. Et c’est quelque chose de frustrant parce que la forme physique, on l’obtient avec beaucoup de travail mais on la perd très très vite.

Pour www.velo101.com Marc Vinco a également précisé comment il se préparait physiquement : le championnat du monde, ça se prépare en décembre, janvier, avec du VTT en cross-country, un peu de route en VTT (50 km maxi) les lendemains de compétitions pour se décrasser. Depuis 16 ans, je vois ce que la route apporte au niveau cardio mais on a beaucoup besoin de tonicité, l'endurance nous la fait perdre. Les sprints, ça façonne l'explosivité, l'énergie tonique."

Passionné par son sport, dont il était devenu l’un des leaders à la fois par son talent et par son charisme, Marc Vinco a petit à petit évolué vers les shows et les spectacles beaucoup plus rémunérateurs que des compétitions internationales souvent disputées dans l’indifférence quasi absolue des médias. Durant quatre ans il réalisa des shows dans le village du Tour de France avant de finalement de ne faire plus que des exhibitions. Dès 2004 il évoquait auprès de velo 101, la difficulté qu’il rencontrait pour concilier les deux à la fois hysiquement et vis-à-vis du milieu des trialistes : « C'est très difficile d'allier les deux, les gens nous en demandent toujours plus, on oublie vite le palmarès. La démonstration demande un top niveau, mais également un sourire et une décontraction, une proximité avec les gens. En compétition, il suffit de gagner, on peut faire la gueule, on a le respect dès lors que l'on gagne. J'essaie de faire les deux, même si c'est difficile et que je me fais allumer dans le milieu de la compétition. "Marc Vinco, il va pas aux championnats de France". Oui mais je fais du bien à notre sport, le VTT, en étant ici en démonstration devant les médias. »

C’est finalement le show man qui va finir par l’emporter sur le sportif et au cours de l’année 2009, Marc Vinco a annoncé son retrait définitif de la compétition et également du monde de l’exhibition. Cette officialisation n’a fait qu’entériner la réalité. 6ème des mondiaux 2006, Marc Vinco déçu par ce résultat avait depuis cette date donné la priorité aux spectacles. Repéré dès 2001 par les dirigeants du cirque du soleil, il accepta en 2007 leur proposition et il parti en juillet 2007 pour 18 mois de répétitions puis de spectacles au Canada et aux USA notamment au mythique Madison Square Garden. A trente ans il a choisi de tourner définitivement la page et c’est un grand champion qui s’en va. Marc Vinco a été l'un des premiers pros du trial. Il a accompagné la structuration du trial en un véritable sport de compétition, qui deviendra peut être un jour discipline olympique.Il a également révolutionné, si l’on en croit les spécialistes de tribalzine le matériel trial, en étant le premier à allonger la géométrie d'un vtt trial et à croire vraiment au boîtier relevé pour les 26 pouces. Les vtt trial qu'il a développé pour la marque Koxx et notamment ceux auxquels il a donné son nom montrent bien son  souci constant d’améliorer l’efficacité du matériel.

« On passe pas au journal de 20h trois fois par semaine, mais c’est un sport jeune, âgé de 20 ans à peine. Il a tout l’avenir devant lui, et j’essaie d’apporter ma petite touche personnelle à ce sport qui le mérite. »

http://www.tribalzine.com/

Le Dauphiné libéré, 20/12/2009 cité par http://www.passiontrial.org/

Coup de chapeau à

Marc Caisso

Marc Caisso, est plus jeune d’un an et demi que l’autre Marc. Né le 21 mars 1981 Marc Caisso est un petit gabarit, 1m70 pour 55 kg. Souple et rapide, il fut surnommé le chat par ses adversaires. Il est arrivé au vélo trial par la moto. En effet son père pratiquait la moto trial mais comme cette discipline ne plaisait pas vraiment à Marc son père lui a acheté son premier vélo de trial à l’age de huit ans. Demeurant à Fabrègues près de Montpellier Marc Caisso a commencé la compétition à l’age de douze ans et comme Marc Vinco dont il aime à rappeler qu’il fût son idole avant de n’être plus qu’un adversaire, il atteint le sommet de la hiérarchie mondiale chez les cadets. Marc Caisso est alors un jeune homme pressé et ambitieux et en 1998 alors qu’il a toujours l'âge de rester en junior, il demande et obtient une dérogation de la FFC pour pouvoir se frotter aux élites seniors.Il gagne le championnat de France, et d'Europe et termine second du championnat du monde. Certes comme le BMX le trial est un sport où l’on peut atteindre le sommet de la hiérarchie plus vite que sur la route car il ne nécessite pas un gros foncier néanmoins l’exploit qu’accompli Marc Caisso durant cette saison est remarquable. Les ténors de l’époque se nomment Thierry Girard, Bruno Arnold et Marc Vinco. Entre les deux hommes qui se respectent et s’apprécient il y a un monde. Discret, modeste Marc Vinco fut tout au long de sa carrière un grand travailleur alors que Marc Caisso, tout aussi discret, semble un dilettante surdoué.

Lors d’une interview pour www.velo101.com en 2002 il expliquait sa manière toute particulière de se préparer :

"Je ne suis pas vraiment un bon exemple car beaucoup de pilotes s'entraînent beaucoup alors que je m'entraîne que lorsque j'en ai envie. Pour moi, ce n'est pas une obligation d'aller s'entraîner, je me fais plaisir et je pratique mon sport comme une passion et non comme un métier. Sinon, je m'entraîne quand même deux fois par semaine mais je ne fais que de la technique et que sur un VTT Trial. Pendant l'hiver, je fais un peu de musculation mais pas du tout de foncier ».  

http://www.tribalzine.com

 

Comme Marc Vinco, Marc a pendant dix ans collectionné les titres avec la régularité d’un métronome : 3 championnats du Monde dont deux chez les élites, 8 championnats de France, 4 championnats d’Europe, 2 fois médaillés d’argent aux mondiaux seniors et le record du monde de saut en longueur (2,9 mètres).

 

Il est aujourd’hui encore en activité. En mai 2009 il pointait encore à la 13ème place du classement mondial UCI. A 29 ans il fait figure d’ancien face à des adversaires dont la moyenne d’âge ne dépasse pas les 24 ans. Le plaisir demeure intact mais, comme il le dit lui-même, la compétition ne permet pas à un pilote professionnel de vivre de son sport.

www.velo101.com : « C'est très dur de vivre avec le VTT trial, il faut sans arrêt se remettre en question et se débrouiller pour grappiller un peu de sous. Il y a peu de sponsors et on vit en faisant des démonstrations. »

 

Aujourd’hui Marc Caisso partage son temps entre les compétitions, les démonstrations pour lesquelles il intervient souvent avec Vincent Hermance autre pilote de grand talent (4 titres mondiaux, n°1 mondial en 2006). Titulaire du BEESAC (Brevet d’Etat d’Educateur Sportif des Activités du Cyclisme), il fait partager sa passion à de jeunes pilotes désireux de progresser en animant des stages de perfectionnement trial sur le site de Fabrègue à proximité de son domicile.

 

 

 

Sport spectaculaire mais sport avant tout, le trial est une discipline d’équilibriste qui demande des qualités athlétiques indéniables et une technique irréprochable. Affaire de spécialistes dans quelques pays : USA, Canada, Australie, France, Espagne, Suisse, Belgique le trial peine à se faire connaître du grand public faute d’une couverture médiatique suffisante. Proche de sports dits extrêmes, le trial offre régulièrement aux spectateurs des gestes époustouflants qui font monter l’adrénaline et qui le rende visuellement très attractif. Marc Vinco et Marc Caisso, avec leur talent et leur passion immense pour leur sport, ont beaucoup fait pour le développement du trial. Méconnus et pourtant authentiques champions, Marc Vinco et Marc Caisso ont tous deux réussi une superbe carrière. Au sommet de la hiérarchie mondiale à vingt ans, ils ont réussi à s’inscrire dans la durée ce qui est rare et qui démontre un très grand professionnalisme. Bravo

 

Pour en savoir plus :

http://www.marc-caisso.com/
http://www.passiontrial.org
http://www.tribalzine.com
http://www.espacetrial.com/

 

 

 
 
 
 
 

 

 Copyright©Le Petit Braquet || Version V.01 || Nov2005  Auteur de l'article : Alain Rivolla