Le Petit Braquet, Coup de Chapeau à
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Chronique n° 43
 
 

Costante Girardengo

 

Coup de chapeau à

 

Costante GIRARDENGO

 

Pays où le sport est roi, depuis près d’un siècle l’Italie a donné au cyclisme, quelques uns de ses plus grands champions. Stars adulées, vénérées par les tifosis, les plus grands ont très vite eu droit dans le langage courant à un superlatif destiné à les porter encore plus au que les autres. C’est ainsi qu’est né le mot campionissimo. Gino Bartali, Fausto Coppi et Alfredo Binda eurent l’immense honneur d’être considérés comme des campionissimi mais c’est un homme un peu oublié aujourd’hui qui le premier eut le privilège de se voir attribuer ce surnom par Emilio Colombo, directeur de la Gazzetta dello Sport de l’époque : Costante Girardengo.

 

 

 

 

 


Mémorial du Capo Berta
Le capo Berta est l’un des capo mythiques de Milan San Remo

 

Costante Girardengo a vu le jour le 18 mars 1893 à Novi Ligure dans la province d'Alessandria, région du Piémont. Il serait né dans une ferme, à la périphérie de la ville ? près du port et des installations ferroviaires de San Bovo. De la jeunesse de Costante Girardengo on ne sait que peu de choses. Il était le cinquième d’une famille de sept enfants et ses parents tenaient une auberge. Les faibles revenus de la famille l’obligèrent à stopper ses études au niveau de ce que l’on considère aujourd’hui comme la 6ème pour travailler dans un laboratoire de chimie. Selon la légende, qui ressemble beaucoup à la victoire de David contre Goliath, c’est en relevant le défi lancé par le grand champion de marathon Dorando Petri que Costante a fait éclater sa passion pour la bicyclette. Dorando Petri était célèbre à l’époque car il avait remporté la médaille d’or du marathon aux J.O. de Londres en 1908 avant d’être déclassé dans un final digne des plus beaux mélodrames. Arrivé en tête dans le stade, Petri victime de fatigue et de déshydratation était tombé quatre fois sur la piste, mettant près de dix minutes pour franchir les 350 derniers mètres de l’épreuve. L’américain Johnny Hayes, second de l’épreuve ayant appris que les commissaires avaient aidé Petri à se relever à plusieurs reprises, posa une réclamation et obtint sa disqualification. Monnayant sa célébrité, Dorando Petri, originaire de la région, organisait des matchs, défiant quiconque de le suivre et de le rejoindre par tous les moyens. C’est à cette occasion que le jeune Costante, alors âgé de quinze ans, aurait sauté sur un vélo et facilement battu Petri. Difficile de connaître la vérité à ce sujet, ce qui semble certain c’est que déjà Costante ne pense qu’au vélo et que les conflits avec son père sont nombreux car le jeune garçon ne veut plus travailler. Dans un accès de colère son père aurait même jeté le vélo par la fenêtre. Têtu, opiniâtre, Costante va finir par convaincre ses parents que son avenir se trouve dans le vélo et qu’il va gagner de l’argent par ce moyen.

Il commence la compétition en 1909. Son formidable talent lui permet très vite de gagner de l’argent ce qui rassure beaucoup ses parents. En 1911, il est payé 6 centesimi du kilomètre en cas de victoire. En 1912, pour son arrivée chez les amateurs, il remporte 12 des 29 courses auxquelles il prend part. Il est déjà, malgré son jeune age, présent aux avants postes des plus grandes courses de la péninsule avec une 3ème place au Tour d’Emilie et surtout une 9ème place dans celle que beaucoup considèrent comme la plus belle des classiques, le Tour de Lombardie.

A 20 ans, on le retrouve donc comme professionnel dans l’équipe Maino-Dunlop et il va tout au long de la saison confirmer tout le bien que l’on pense de lui. Il s’impose tout d’abord dans le championnat national sur route disputé à Alessandria avant de triompher dans la course Rome-Naples-Rome, épreuve dite granfondo de 610 kilomètres. Pour son premier Giro, il remporte une étape et termine à la sixième place du Général. L’année suivante, en 1914, Costante Girardengo continue sa progression et malgré son abandon au Giro et au Tour de France, il réussit à obtenir le deuxième de ses neuf titres de champion d’Italie sur route et il s’impose également dans Milan Turin et dans la 3ème étape du Giro. Accumulant de nombreuses places d’honneur dans les classiques italiennes tour de Romagne, tour du Piémont, tour de Lombardie, tour d’Emilie, il va voir sa carrière irrémédiablement amputée de ses plus belles années par le déclenchement de la 1ère guerre mondiale. Certes l’Italie sera moins touchée par les combats que la France mais pendant quatre longues années les occasions de courir furent rares pour lui comme pour tous ceux qui survécurent à cette immense boucherie. Vainqueur de Milan Turin en 1915, Costante Girardengo probablement mobilisé disparaît des classements jusqu’en 1917. Visiblement un peu juste, par manque d’entraînement, il ne remporte aucune victoire cette année là, se contentant d’accessits dans Milan San Remo (2ème), Milan Modène (2ème) ou le Tour d’Emilie (3ème) par exemple. Si l’on regarde ses résultats durant cette année on s’aperçoit qu’à cause de la guerre, il a couru quasi exclusivement dans le Nord de l’Italie et plus précisément dans la région du Piémont. En 1918, la situation s’améliorant quelque peu Costante Girardengo peut participer à de plus nombreuses courses et il en profite pour retrouver le goût de la victoire qu’il lui échappait depuis trois ans. Il remporte notamment la première de ses 6 victoires dans Milan San Remo, record qui ne sera battu que 50 ans plus tard par le grand Eddy Merckx.

Ayant survécu à la grande guerre qui a fauché tant de grands coureurs, Costante Girardengo en sort assoiffé de victoires. Il a maintenant 26 ans et il n’a plus de temps à perdre c’est pourquoi il attaque l’année 1919 le couteau entre les dents. Cette saison est sans nul doute la meilleure de toute sa carrière. Les résultats parlent d’eux même : 19 victoires dont le titre national, le Tour de Lombardie et le Giro dont il enlève 7 étapes et dont il sera le leader du premier au dernier jour.

Durant six ans, il va régner sans partage sur le cyclisme transalpin, engrangeant de multiples victoires dans toutes les grandes courses de la péninsule. Malgré un palmarès fabuleux la réputation de Costante ne brille pas du même éclat que celle de son grand rival de l’époque, Henri Pélissier, car il n’a jamais réussi à obtenir à l’étranger, le grand succès international qu’il méritait. Costante aimait tout particulièrement son pays et courir devant son public c’est pourquoi il a rarement traversé les frontières. Ses quelques tentatives se soldèrent le plus souvent par des échecs : 2 participations et 2 abandons au Tour de France, 3 participations à Paris Roubaix : 2 abandons et une 7ème place. Tout au long de sa carrière, il n’obtint sur route que quatre succès en dehors de son pays : le très relevé Grand Prix Wolber 1924 devant Henri Pélissier, le tour du Léman, Gènes Nice et le critérium de Genève. C’est fort peu pour un homme de son talent. Pourtant les choses ne sont pas aussi simples que l’on pourrait croire. Costante semble avoir eu un véritable conflit avec Henry Desgranges, le patron du Tour de France qui l’accusa à maintes reprises d’avoir peur de venir affronter Henri Pélissier sur ses terres. Tenace, volontiers provocateur, le 26 juillet 1923, quelques jours après qu’Ottavio Boteschia ait terminé second du Tour pour sa première participation, Costante Girardengo écrivit une longue lettre au patron du Tour de France pour lui proposer l’organisation d’un grand défi.
Dans ce courrier il invitait « tutti i corridori del mondo a incontrarsi con me in una corsa a cronometro di 300 chilometri sul percorso, ad esempio, della Milano-Sanremo. Se si considera che le strade italiane mi sono favorevoli, io accetto un percorso su strade straniere dai 300 ai 600 chilometri anche sulle strade del tipo Galibier e Izoard. Epoca degli incontri a scelta degli avversari. Da oggi io sono pronto. Costante Girardengo. »  

J’invite « tous les coureurs du monde a se mesurer à moi lors d’un contre la montre de 300 kilomètres, par exemple sur le trajet Milan San Remo. Si vous considérez que les routes italiennes sont un avantage pour moi, j’accepte un parcours  de 300 à 600 kilomètres sur une route étrangère, y compris sur un tracé de type Galibier et Izoard. Date de la rencontre à la convenance de mes adversaires. Maintenant, je suis prêt. Costante Girardengo ».

Le défi n’eut hélas jamais lieu et il est difficile de dire aujourd’hui qu’il ne s’agissait alors que de rodomontades d’un fort en gueule. L’homme nous l’avons dit était volontiers provocateur mais il était dur au mal et sa victoire en 1913 dans l’étape la plus longue de l’histoire du Giro Lucca-Rome (430 km) montre bien que ce type de défi ne lui faisait absolument pas peur.

1926 marquera le début du déclin de Costante Girardengo. Déjà battu, l’année précédente dans le Giro par un petit jeune du nom d’Alfredo Binda, il abandonne le Giro et il est de nouveau battu par Binda lors du championnat d’Italie sur route. Cette défaite sonne comme un passage de témoin entre les deux hommes. L’ère Girardengo est définitivement terminée. La victoire en 1927 d’Alfredo Binda lors des premiers championnats du Monde organisée en Allemagne devant Girardengo va clore définitivement la période dorée du premier campionnisimo. La chance d’obtenir la consécration mondiale qu’il lui manquait, était définitivement passée. L’année suivante il décrochera une dernière victoire de prestige en empochant à nouveau la Primavera mais dès lors la présence de Costante Girardengo dans les pelotons tient avant tout du plaisir d’un homme à continuer à faire ce qu’il aime par-dessus tout. Ce plaisir Costante Girardengo va le faire durer jusqu’en mai 1936 date à laquelle il posera définitivement sa bicyclette au terme d’une carrière riche de 128 victoires sur route et 965 sur piste si l’on en croit le sources que j’ai pu consulter.

Aux alentours de la quarantaine, quand enfin Costante, se décida à raccrocher, il ne s’éloigna pas du cyclisme qui était et qui demeura jusqu’à sa mort, toute sa vie. Avec ses fils Luciano et Ettore il lança une usine de fabrication de vélos à Alessandria. Les affaires prospérèrent rapidement et la firme s’engagea très vite dans le sponsoring d’équipes cyclistes  Dans le milieu des années soixante, la «Girardengo » installa un atelier de montage dans la prison d’Alessandria, qui fournit ainsi un emploi aux détenus. En 1938, en tant que Directeur Sportif de l’équipe d’Italie il eut le bonheur de conduire le grand Gino Bartali à la victoire dans le Tour de France.

Un autre volet du personnage mérité d’être noté ici, il s’agit de l’amitié qui lia durant de nombreuses années le champion cycliste avec un anarchiste et bandit célèbre Sante Pollastro fervent supporter de Costante. Ce truand insaisissable durant de longues années, aurait selon certaines sources été finalement victime de sa passion pour l’art du campionnismo car c’est à l’arrivée d’une course qu’il fut arrêté. Pollastro (parfois orthographié Pollastri) fut interpellé à Paris en 1927, par les hommes du commissaire Guillaume (celui qui a inspiré à Georges Simenon son inspecteur Maigret), au moment des six jours de Paris.
Cette légende inspira, en 1993, une chanson devenue célèbre dans toute la péninsule Il bandito e il campione, (paroles et musiques de Luigi Grechi, interprétation Francesco De Gregori).

 

Vai Girardengo vai grande campione
Nessuno ti segue su quello stradone
Vai Girardengo non si vede più Sante
È dietro a quella curva è sempre più distante

 

Aujourd’hui quelque peu oublié, Costante Girardengo restera à jamais le premier campionisimo de l’histoire du cyclisme. Doté d’un fort caractère, il n’aura finalement manqué à Girardengo qu’une grande victoire internationale pour figurer au panthéon des champions cyclistes. La première guerre mondiale qui lui a prit trois de ses meilleures années et sa volonté de courir à domicile expliquent un palmarès superbe mais hélas uniquement italien. Qu’importe, toute la vie de Costante Girardengo s’est construite sur une passion sans borne pour la petite reine et cela méritait bien un coup de chapeau

 

Comment s’entraîner et rendre service aux autres !!!

 


  • Champion d´Italie sur route : 1913, 1914, 1919, 1920, 1921, 1922, 1923, 1924, 1925
  • Tour d'Italie : 1919, 1923
  • Milan-San Remo : 1919, 1921, 1923, 1925, 1926, 1928
  • Tour de Lombardie : 1919, 1921, 1922
  • Milan-Turin : 1915, 1919, 1920, 1923
  • Milan-Modène : 1919, 1920, 1928
  • Rome-Trento-Trieste : 1919
  • Turin-Genève : 1920
  • Gênes-Nice : 1921
  • Milan-San Pellegrino : 1921
  • Rome-Naples-Rome : 1925
  • Tour d'Émilie : 1918, 1919, 1921, 1922, 1925
  • Tour du Piémont : 1919, 1920, 1924
  • Tour du Milanais : 1919, 1920, 1921, 1922, 1923, 1924
  • Tour de Romagne : 1922, 1926
  • Tour du Lac Léman : 1922
  • Tour des Deux Golfes : 1922
  • Tour de la Province de Turin : 1922, 1923
  • Tour de Vénétie : 1923, 1924, 1925, 1926
  • Tour de Toscane : 1923, 1924
  • Course du XX Settembre : 1921, 1922, 1923, 1924, 1925
  • Grand Prix Wolber : 1924
  • Prix de Genève : 1922
  • Six-Jours de Milan : 1927 (avec Binda)
  • Six-Jours de Breslau : 1928
  • Six-Jours de Leipzig : 1928
  • Six-Jours de Milan : 1928
  • 30 étapes du Tour d'Italie

 

http://www.progettociclismo.com
http://www.comune.noviligure.al.it
http://www.museociclismo.it
http://nuke.campionidellosport.com
http://www.sapere.it

 

 

 

 
 
 
 
 

 

 Copyright©Le Petit Braquet || Version V.01 || Nov2005  Auteur de l'article : Alain Rivolla